J ‘ avais un camarade

J ‘ avais un camarade …..

En 1944 j ‘ avais 11 ans et vivais à Marquise , petite ville située entre Boulogne – sur – Mer et Calais près de la côte nord – ouest de la France et particulièrement près du Cap Gris – Nez transformé par les Allemands en une dangereuse forteresse menaçant l ‘ Angleterre avec ses gros canons . Mon père était ouvrier dans une usine et ma mère restait à la maison , ce qui était fréquent en ce temps . J ‘ étais le seul enfant de la famille .

Durant la guerre l ‘ école était occupée par les Allemands et nous n ‘ allions à l ‘ école élémentaire qu ‘ une demi – journée par jour dans une petite maison . Avec mes amis nous avions une vie demi – sauvage et nous jouions dans les pâtures à différentes sortes de jeux souvent guerriers . Nous n ‘ aimions pas les Allemands en ce temps .  Non seulement ils étaient les envahisseurs mais ils s ‘ appropriaient toutes les marchandises . Nous n ‘ avions rien . Très peu à manger . Ma mère Marthe devait faire les vêtements  , parfois le pain et même …le savon . Mon père Emile ressemelait les chaussures avec des morceaux de vieux pneus . Heureusement il avait un ami fermier dans un village voisin . Mon père l ‘ aidait durant ses courts congés aus travaux des champs et de la moisson . ( travaux avec chevaux ) . Aussi nous avions un peu de pommes de terre , beurre et oeufs mais pas trop .Mon père n ‘ était pas soldat . Il avait été appelé à rester dans son usine qui fabriquait de l ‘ armement et obus , si je me souviens bien . Il n ‘ avait pas rendu son fusil ni son poste de radio comme les Allemands demandaient . Ainsi nous écoutions la BBC , la radio anglaise , en Français chaque soir durant toute la guerre , ce qui était évidemment strictement interdit par les Allemands , avec le risque de la déportation en Allemagne .

Mai et juin 1944 furent des mois terribles . Le Américains et les Anglais bombardaient de grandes étendues autour de nous . Boulogne – sur – Mer fut complètement détruit . Les Alliés espéraient que les Allemands penseraient que le débarquement des forces américaines , anglaises et canadiennes aurait lieu là , dans le nord . En outre les Allemands construisaient de très importants tubes dans les collines calcaires d ‘ un  village près de Marquise appelé Landrethun dans le but de lancer des missiles sur l ‘ Angleterre et spécialement sur Londres . C ‘ est pourquoi beaucoup de gros bombardiers américains que nous appelions ” forteresses volantes ” bombardaient sans arrêt la zone de Landrethun . Les avions américains se tenaient haut dans le ciel pour éviter la défense contre avions et lançaient leur bombes  sur une large zone . Une d ‘ entre elles ateignait l ‘ objectif de temps en temps mais elles atteignaient aussi bien autre chose . Mes grands – parents habitaient Landrethun .

Une nuit mes grands parents et leurs trois derniers enfants entendirent les avions arriver . Ils se levèrent immédiatement et coururent se réfugier dans l ‘ abri qu ‘ ils avaient creusé dans le jardin à 25 mètres environ de leur maison . Ils étaient à peine dedans qu ‘ ils entendirent un effroyable bruit de tonnerre . Ils étaient morts de peur . Ma plus jeune tante ( Yolande ) sortit de l ‘ abri quand le calme fut revenu et cria : ” Maman nous n ‘ avons plus de maison ! Il n’ y a plus rien ! ” . A la place de la maison , il y avait un énorme cratère . La bombe était tombée  sur la chambre à coucher où ils étaient juste avant . Plus de maison , plus de meubles ni de vêtements ! Plus rien ! Au bout de la maison le toit de l ‘ étable à vaches était tombé sur les quatre vaches qui meuglaient , leur colonne vertébrale cassée .  Les Allemands les emportèrent pour la boucherie . Mon grand – père devint malade et mourut l ‘ année suivante .

Mon père leur construisit alors une sorte de ” cottage ” , en réalité un baraquement comportant une seule grande pièce avec le bois pris dans les cantonnements allemands . Les Allemands  , en effet commençaient à s ‘ enfuir mais pas tous . Le Cap Gris nez demeurait une dangereuse forteresse où ils résistaient . Et enfin l ‘ armée canadienne arriva à Marquise ( Septembre 44 ) . La population française était dans les rues applaudissant les soldats et fraternisant avec eux . Mais à peine les Canadiens étaient – ils dans la ville que les canons allemands tournés vers l ‘ intérieur tiraient sur nous . La paix n ‘ était pas encore là .

L ‘ artillerie canadienne arriva et tira sur le Cap Gris – Nez . Une batterie était au bout de la rue où mes grands parents vivaient à Landrethun . J ‘ avais l ‘ habitude d ‘ aller en bicyclette de Marquise à Landrethun où mon père construisait le baraquement pour les grands – parents et puisque la batterie canadienne était tout proche j ‘ étais toujours avec les soldats et regardit comment les canons fonctionnaient . En ce temps – là j ‘ étais un garçon intrépide probablement . J ‘ étais fier d ‘ être parmi ces soldats qui nous libéraient et qui combattaient l ‘ ennemi pour nous . J ‘ avais l ‘ impression de participer . Je souhaitais avoir un ami parmi eux . J ‘ étais un peu l ‘ enfant de la troupe .Rapidement je fraternisais avec Douglas . Il était sympathique et me protégeait strictement parce que je n ‘étais pas très prudent et même pas du tout . Il était un homme droit et je le percevais ainsi .Je ne me souviens pas comment nous nous comprenions parce que je n ‘ avais pas encore appris l ‘ Anglais et lui ne parlait que peu le Français . Quelques mots suffisaient . Il était mon camarade soldat et j ‘ étais heureux et fier de l ‘ avoir . Je me demande maintenant comment je pouvais entrer dans la batterie . Je demandais à quelqu ‘ un : ” Douglas est – il là . S ‘ il était là j ‘ entrais et je me promenais dans le camp . De temps en temps nous parlions . Nous parlions de la guerre ( j ‘ étais informé ) , de sa femme de ma famille .

Mes parents invitèrent Douglas pour un repas chez nous à Marquise . Je le pris à sa batterie et nous marchions ou roulions à bicyclette le long d ‘ un chemin entre deux énormes carrières de marbre . Mes parents avait sorti une vieille bouteille de vin poussiéreuse en son honneur . Je me demandais où ils avaient eu cette bouteille puisque nous n ‘ avions rien . Peut – être restait – elle de ma Communion qui avait eu lieu avant et elle devait être soigneusement cachée .

Un jour j ‘ allais à Landrethun . La batterie était partie et mon camarade aussi .

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